Le monde de Charlie (2013) : on ne passe qu'une seule fois à l'âge adulte? Hé bien heureusement pour Charlie.



Je vous présente "Charlie", un garcon torturé, très torturé. 
Un film avec Emma Watson dans le casting, pour les hipsters mâles, Ezra Miller, pour les connaisseurs de films indépendants, des vetements de hipster, un traitement antique, et un fond vert sur l'affiche. 

Oui, vous l'avez deviné : ces ados ont déjà tout compris de la vie, et même plus si c'était possible. 





En fait, à part quelques notes très très kitsch, le film passe. Franchement il passe. Je ne pensais pas le dire, mais finalement, je suis arrivée à la fin presque dégoutée de le dire : c'est pas si mauvais. C'est meme pas mal. (Oh mon dieu je l'ai dis...) Mais attention, si l'exposition et la plupart des problématiques cinématographiques sont excellentes, les réponses pêchent totalement.



Le monde de Charlie, un film d'ado vomitif ou une playdorie sur la condition des ados? 


Le film se centre sur le personnage de Charly AKA le souffreuteux-qui-ne-pleurera-pas-parce-que-les-larmes-c'est-à-Hollywood-and-BOYS-DON'T-CRY. Mais derrière ce cliché insupportable, il est sensé être le représentant d'une catégorie de personnes : les ados. 

La question que pose le film est simple : elle cherche à définir, à trouver qui est Charlie, le représentant de notre génération, née entre 1985 et 2000. Il y a plusieurs définitions.

Une génération Peter PAN, génération qui cherche à ne pas grandir? 

Ou une génération Y, surqualifiée, hyper impliquée dans la vie adulte, maitrisant les technologies? 

Une génération qui fonce pour avoir ce qu'elle veut, parce qu'elle sait qu'on n'obtient rien sans rien tenter? 

Une génération boomerang qui revient très vite à la maison après les échecs de la vie? 

Une génération qui se pose toujours la question du pourquoi, du comment, du "WHY"? 

Ou finalement juste une génération qui se met en droite ligne de la fameuse génération X et qui veut sortir de la spirale roue statut-argent-ascension sociale qui caractérise l'existence moderne ? Trouver plus? 

Bref, vous avez compris, on ne sait plus trop ou donner de la tête.





Alors, toutes ces questions que Le monde de Charlie soulève sur les enjeux de notre générations me posent problème et je vais vous expliquer pourquoi : 

premièrement, cette idée qu'une génération entière (c'est-à-dire, allons, 3 milliards d'êtres humains?) a les MÊMES CARACTÉRISTIQUES, les mêmes problèmes et les mêmes idées, c'est franchement gênant. C'est même carrément démensiel de penser comme ça. 

Si on va plus loin, on peut dire que c'est du déterminisme de parler des gens de cette manière : tu es né entre ... et ... donc tu seras cynique sur la politique, qui aimera les films indépendants et tu fumeras des clopes jusqu'à te lancer dans la cigarette électronique. Peut-être vers 25 ans tu découvriras le Yoga, tu commenceras à regarder ton ascendant sur internet, tu seras persuadé d'avoir trouvé la paix intérieur jusqu'à ton prochain licenciement, et là, bonne chance mon gars, ta génération ne sait pas gérer. 

Merci, mais fallait pas. 

Néanmoins, il faut reconnaitre que Le Monde de Charlie répond à cette question : comme vivre quand on est un digne représentant de la génération Y ? 

Attendez, ça va vous surprendre .... 

LE CARPE DIEM ! 

Bah oui, le monde de Charlie solutionne le malaise de la génération Y en prêchant une forme de "Carpe Diem" à deux balles que je trouve complétement faiblard. 


De là résulte un profond déséquilibre entre des questions d'une profondeur énorme, car existencielles et un vide intersidéral face à la réponse que propose le film.








La contradiction lourd-léger... qui aboutit sur le terrible kitsch. 

« la contradiction lourd-léger est la plus mystérieuse et la plus ambiguë de toutes les contradictions » (Nietzsche)


Le monde de Charly est un film d'une infinie lourdeur, et d'une grande légéreté à la fois : des questions profondes cotoient une réponse d'une infinie faiblesse. 

Résultat? Le déséquilibre rend le film bancale et faible, dans tout son ensemble. 







Cette contradiction ambigue fait que toujours maintenant, j'ai du mal à dire "j'ai aimé", ou "je n'ai aimé". C'est un mixte donc dans mon cas, qui fait que le film mérite une bonne note parce qu'il pose des questions nécessaires, sur la sexualité, la recherche du bonheur, le sens de la vie, la souffrance humaine, le passage à l'âge adulte, le rite de passage ...

Je reste une éternelle convaincue qu'autant de kitsch ça tue le fond, et que trop d'effort pour faire "toujours plus vrai", "toujours plus naturel", "toujours plus pur, adolescent, brut", finit par gommer certaines choses et rendre tout KITSCH. 

"Avant d'être oubliés, nous serons changés en kitsch. Le kitsch, c'est la station de correspondance entre l'être et l'oubli". (Kundera)

Pour moi, le monde de charlie est un film kitsch qui ne marquera malheureusement personne parce qu'il pose des questions existencielles en les traitant comme des questions "faciles" et "dispensables". 







Le monde de charlie - The Perks Of Being A Wallflower (2 janvier 2013) un film américain de type drame et romance de Stephen Chobsky d'après son roman Pas raccord 

traduction littérale : "Being A Wallflower" : être une giroflée => faire tapisserie 
"The Perks Of Being A Wallflower" : les avantages d'être un laissé pour compte. 

Avec Logan Lerman, Emma Watson, Ezra Miller

couleurs, 1h43'

récompenses : 

  • National Board of Review Awards 2012 : meilleure distribution
  • Indiana Film Journalists Association Awards 2012 : meilleur scénario adapté pour Stephen Chbosky
  • Utah Film Critics Association Awards 2012 : meilleur scénario adapté pour Stephen Chbosky
  • Boston Society of Film Critics Awards 2012 : meilleur acteur de second rôle pour Ezra Miller
  • People's Choice Awards 2013 :
    • Meilleur film dramatique
    • Meilleure actrice dans un film dramatique pour Emma Watson
  • Independent Spirit Awards 2013 : meilleur premier film pour Stephen Chbosky
  • Chlotrudis Awards 2013 :
  • Teen Choice Awards : meilleur acteur dans un film dramatique pour Logan Lerman



Helix - les 15 premières minutes de la série commençant demain sur SYFY.

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Voici les quinzes premières minutes du pilote de "Helix", série SYFY qui commence demain.
Comme toute les séries SYFY je vous les recommande chaudement, parce qu'elles sont souvent très bien tournées, bien menées, bien scénarisées et super captivantes (mais il y a pas de sous....). En général touchant à des thèmes de Science Fiction.

Alors, allons y faire un petit tour des séries SYFY, avec rapidement mon petit topo pour chaque :

  • Alphas :

Une série magistrale dans l'exploitation des thèmes des super-héros, des mutations et de la super-technologie, ainsi que toute une question autour du Bien et du Mal.


Evidemment, ça fait un peu rabas-joie vu d'ici, "thème du bien et du mal" (elle se croit dans star wars ma parole!!!), mais de vous à moi... un thème simple qui laisse tellement de large au scénario, qui permet des revirements, des rebonds, bref... un thème large et faussement simple, parce qu'on peut aussi vite tomber dans le cliché.



Pour finir, on y trouve aussi le thème de la psychologie appliqué aux héros, et ce, aussi parce qu'on parle du bien et du mal. Oui, ça coule de source : difficile d'être tout le temps adorable quand on a des super pouvoirs qui rendent la vie aussi difficile qu'ils la simplifient.
Seul hic d'Alphas? La série s'est arretée à la fin de la saison 2, alors que le destin de la population de NY est incertain.


(tout le monde est allongé par terre et on sait que 50% va supporter ce qu'il leur on fait subir - radiations puissantes produisant mutation ou mort) et reprendre connaissance tandis que 50% ne se relèvera jamais, nos héros évidemment sont parmis eux.)


Mais on ne saura jamais si nos héros survivent PUISQU'IL N'Y A PAS DE BUDGET CHEZ SYFY. La série se termine sur un moment de suspense insoutenable et personne ne peut assouvir sa curiosité. MEGA NAZE !


  • Continuum :

On y trouve le thème du voyage dans le temps (mais attention, avec Continuum le voyage dans le temps est lourd en conséquence, pas facile, et plutôt risqué : aucune certitude d'y arriver entier, ni à la bonne époque), policier (suspense garanti), super-technologies (vraiment super, pour le coup).

Le tout avec un pied dans la psychologie de l'héroine mais sans pousser ici, parce que ce serait déstabilisant.


(un flic est un roc, et ça dans toutes les séries ! super flic, super problèmes, mais aussi super réactions et super solutions - pas de temps pour soi, et donc pas de temps pour s'appitoyer sur son sort),



et un rôle important politique, moral, avec tout l'aspect "terroriste" et pour finir, l'importance de l'effet papillon (conséquences du voyage dans le temps).

Bref le temps, le temps, et encore le temps comme thème principal (encore une fois un thème large, ça permet tout).


Cette série est diffusée sur showcase donc on a des chances de voir la fin malgré le manque d'argent chez SYFY. Je balance aussi qu'il va y avoir a partir de demain une grosse reprise de cette série chez CBS avec un truc qui s'appelle "Intelligence". Evidemment, c'est beaucoup plus simplifié, mais bon, il n'y a pas chez CBS le meme talent que chez SYFY, donc on leur pardonne.


  • lost girl :

L'action se déroule dans le monde des fées (thème tellement large !!!! => pannel d'episodes infinis!), avec une grande importance de la sexualité (l'héroine est "succube" ce qui correspond à un équivalent de nymphomanie chez les humains mais en mode mante religieuse), le bien et le mal encore une fois


ce thème est d'ailleurs matérialisé physiquement par deux camps, notre héroine faisant chier tout le monde en etant la seule qui refuse de s'aligner, et cela tout en restant à des lieues du kitsch parce que la série puise à fond dans le registre sensuel et le côté "adulte" de cette série qui donne un résultat tout sauf manichéen : le bien et le mal sont des catégories abjectes qui seront vouées à imploser à un moment...


Autres thèmes : l'amour, la dépendance aux autres, et un petit côté sherlock qui séduit toujours. (Et oui, evidemment, quand on touche au monde parrallèle magique des fées, certaines créatures peuvent être malavisées... Rachetée = ouf !)



  • Being Humans (et oui, c'est - c'était - une série SYFY, rachetée elle aussi, c'est bon, on verra la fin)

Je ne détaille pas parce que je n'en ai vu que très peu et de toute façon tout le monde en a parlé. Allez sur la BIBLE AKA Wikipedia pour plus de renseignements.


  • Mais aussi les très connues : 


- Stargate Atlantis
- Stargate SG-1 (POUAH POUAH POUAH QU'es ce que c'est bien ça !)
- Stargate Universe
- Battlestar galactica (ah oui... c'est une bombe celle-là...)
- Sanctuary
- Flash Gordon (encore une série trop bien)


  • et enfin ils ont passé aussi : 


doctor who (la nouvelle série - dans le genre c'est juste ma série préférée); lost (moins prestigieux mais bon, il faut avouer que lost ça a influencé pas mal de choses, et puis ça date de l'époque ou les séries américaines ne faisaient pas des rebondissements toutes les 5 minutes à cause des pubs sur les chaines); star trek (légende de la série)...


J'arrete de vous ennuyer et je vous laissse regarder Helix donc, maitnenant qu'on parle tous de la même chose. Ah oui, je sais que vous aussi vous allez la regarder demain.



Ari (Arthur Choupin, 2013) - ARI Pictures

ARI


Le court métrage est en intégralité sur youtube : ça se regarde ici. 

Un huis clos étonnant sur une intelligence Artificielle, Ari, un peu particulière.

*SPOILER*

"ARI" propose un regard sur la technologie, en particulier sur un idéal futuriste : la possibilité d'avoir une intelligence artificielle à disposition dans son intérieur.

Dans le cas présent, elle permet à David de réussir autant sur le plan financier (en lui donnant des conseils précieux quant aux actions à choisir) qu'amoureux (en détaillant la dilatation des pupilles ou la vitesse cardiaque de SARAH lorsqu'il la rencontre) jusqu'au jour où il est trahit et que ses mouvements financiers sont surveillés au point de créer sa panique puis sa mort.

Si le court-métrage parait centré autour du personnage d'ARI, le super-ordinateur, c'est parce que nous somme dans la tête de David qui, lui, trouve Ari absolument bluffant. On ne peut s'empêcher de remarquer les petites remarques dès la rencontre avec Ari : le rire de David impressionné que Ari sache qu'il a soif, la petite remarque "je t'aime bien toi", qui, non, n'est pas dirigé vers Gump comme il nous l'indique en se tournant vers Ari, puis son air impressionné lorsqu'Ari lui présente une alternative à la chute de son action.

Alors qu'ARI apparait à l'écoute, qu'il est toujours en train de souligner le meilleur et d'apporter les meilleures solutions, Gump apparait comme un enfant joueur, qui fonce parmis les convives, gêne tout le monde, et que David apprécie moins qu'Ari : chaque moment ou Ari est mis en valeur (ce qui passe principalement par la mise en valeur de David) fait écho à une séquence qui suit où Gump est relégué à ce statut de "télécommande géante", qu'évoque Franck.

Finalement, la seule qui reconnait la valeur de Gump, semble s'attacher un peu à lui, et lui parle, est la seule qui ne meurt pas...

Coincidence ?

La question que l'on se pose est principalement : qui contrôle l'intelligence artificielle ARI? Jusqu'au twist final au dirait qu'il s'agit de Franck, mais lorsque le court-métrage fini, on se rend compte qu'il s'agit très très certainement de Gump...

Gump serait-il capable d'éprouver de la jalousie? (Dans le genre "sentiment proprement humain", on fait quand même difficilement mieux)

Dès lors, vous comprendrez que le personnage le plus important (pas principal mais le plus important) c'est non pas Ari, mais Gump.

Toutes les questions que le court métrage soulèvent portent à penser qu'Arthur Choupin promet d'être excellent dans le genre de la science fiction s'il s'étend au long métrage. 

À suivre donc...

Petit bonus : la bande son d'Ari se télécharge sur le site de ARI PICTURES : Bonne écoute !






Memento (2000) de Christopher Nolan ou le processus blanco.



MEMENTO

Memento touche au thème de la mémoire, et plus particulièrement, à celle de Leonard Shelby, le personnage principal.

Cet homme n’a pas, dès le départ, une personnalité affirmée ni une identité précise, surtout aucune d'indication sur sa provenance. Le spectateur met ça sur le compte de son amnésie de la mémoire immédiate. Cette « condition » fait de lui un personnage qui se souvient de tout, sauf de ce qui s'est passé après que « sa femme ai été violée et assassinée par John G. » dit le tatouage sur son torse.
« Freaky tattoo » lui dira Natalie.
« Homemade tattoo » pourrait elle dire aussi.

Rien que d’y penser ça donne froid dans le dos.


MEMENTO


Il est à la recherche de cet homme, John G., qui a ruiné sa vie, l'empêchant de vivre normalement. Il a comme indice, un rapport de police épais comme un pavé (difficile à lire quand on a des problèmes de mémoire immédiate), son instinct, et ses tatouages glauquissimes. Evidemment, sans mémoire immédiate depuis une durée que lui-même ne connaît pas, il ne se souvient même pas les avoir faits, et les redécouvre à chaque fois qu'il prend sa douche.

Autant dire que tout cela nous laisse d'abord un peu sceptique. Comment quelqu'un peut il réellement vivre comme cela ? Il va falloir nous convaincre que cette mascarade est possible.


MEMENTO


Ce personnage, parlons encore un peu. Cette amnésie, n'est elle pas un peu originale ?

Il se souvient de tout, mais pas des choses récentes. Il oublie les gens aussitôt qu'il les rencontre et les photographie pour garder une trace. Pas de mémoire, mais des faits. Des photos, des traces écrites, rien d'oral. Monsieur a donc toujours un stylo sur lui.

C'est un enquêteur, un vrai. Les images en noir et blanc qui entrecoupent les images en couleur le prouvent : c'était son travail de percer à jour les gens qui essaient de flouer leur assurance avant son amnésie. C'est un rapace qui va enquêter partout. Une putain de fouine.


MEMENTO


Et c'est là que Christopher Nolan tient son fil conducteur. Le rapace privé de ce qu'il a de plus cher, sa mémoire, est donc obligé, pour survivre, de venger son passé, puisqu'il n'a plus que ça : des souvenirs qui datent de plusieurs mois, plusieurs années peut être. Quelle noblesse dans ses intentions.


MEMENTO


Memento est un film qui a une forme bien particulière et unique, et fait de lui un film captivant et qui attire la fascination de tous. C'est pour cela qu'il nous dupe aussi facilement.

Si nous nous rappelons, Inception, son précedent gros cachet, avait plusieurs vitesses et plusieurs niveaux à la fois : le rêve intégré dans le rêve, associé à une construction en deux parties ; la réalité vécue d'abord, dans laquelle les personnages préparent le rêve et le justifient, puis le rêve dans lequel les personnages dorment. L'effet est immédiat : le spectateur est face à un monde vaste, développé, construit dans le scénario lui-même. Évidemment, cette recherche de la complexification par la forme résulte d'un effet direct de réel.


INCEPTION


Nolan arrive donc avec des éléments complètement irréels à créer un monde qui paraît plausible, parce que tout jusqu'au moindre détail est étudié pour être au service du conte complètement fantastique qu'il nous sert, accompagné de forts effets spectaculaires. Très cool, bien joué Christopher.

Or, Memento est conçu sur le même principe général qu'Inception : une construction binaire qui favorise l'immersion puis, le spectateur étant bien tenu en laisse, il se laisse balader sans réagir. À partir du moment où Léonard justifie ses actes, et sa maladie, le spectateur est embarqué dans un univers psychologique rendu crédible par le personnage lui-même : s'il arrive à expliquer ce qui lui arrive, on ne peut que le croire.


MEMENTO


En contre partie, derrière les similitudes formelles avec Inception, Memento est un film profondément ancré dans une forme unique puisque qu'en plus de la logique binaire,le scénario fonctionne à l'envers de la logique temporelle.

En effet, on remonte dans chaque souvenir de Leonard, un par un, à chaque fois un tout petit plus ancien. À cela se superpose des images en noir et blanc où Leonard parle au téléphone avec une personne : ces moments sont à la fois essentiels pour comprendre le conditionnement qu'il s'inflige, rendre vraisemblable sa version des faits et nous permettre de mieux comprendre à la fin pourquoi elle est si nécessaire. À mi chemin du film, il commence notamment à évoquer le conditionnement que des scientifiques ont opérés avec Sammy Jankis : c'est la seule chose qui rend crédible son acharnement, sa précision, et permet à Nolan de dérouler son scénario tiré par les cheveux.

Pourtant, si son histoire est de plus en plus crédible au cours du temps, cela ne veut pas dire qu'elle est vraie. La dernière séquence du film, qui est en fait là où l'intrigue décolle, nous montre son vrai motif : un homme qui ne cherche pas la vérité, mais la fuit, pour mieux s'en inventer une autre.


MEMENTO


La construction à rebours nous fait donc très vite découvrir que derrière cette image sympathique d'un homme qui chercherait la vérité et sa vengeance, se cache un homme conditionné par lui-même à croire ses propres mensonges et plus encore, un homme qui va jouer de cette situation, pris dans le propre piège qu'il s'est posé. Ce n'est pas un règlement de comptes avec John G., c'est un règlement de comptes avec lui-même.

Toute la construction scénaristique de Nolan repose sur ce schéma tordu, d'aller de vérité en vérité pour nous, et pour Léonard de cacher une vérité, puis une autre, puis une autre, puis une autre, pour finir par tuer un homme, qu'il s'est fixé comme cible.


MEMENTO


La morale de l'histoire ?

Si Léonard avait vraiment quelque chose à venger, il ne serait pas obligé de se le tatouer sur le corps pour s'en souvenir. Il n'a pas vraiment de but, il n'a pas vraiment de vengeance, parce que son mensonge ne peut totalement recouvrir la vérité. Un jour, il le sait, il sera démasqué, et tout ce qu'il peut faire, c'est se faire croire à lui-même qu'il est un innocent mal jugé. D'ailleurs, le titre lui-même fait état de ce manque : Memento, souviens toi, mais de quoi ?

MEMENTO


Memento, thriller américain de Christopher Nolan
avec Guy Pearce, Carrie-Anne Moss et Joe Pantoliano
sorti pour la première fois le 5 septembre 2000 en Italie.

Récompenses :
- Critics' Choice Movie Award du meilleur scénario original,
- Independent Spirit Award de la meilleure actrice dans un second rôle pour Carrie-Anne Moss

BANDE ANNONCE :

AMOUR - HANEKE (2012) : l'amour et la mort, mais avant tout l'amour.

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AMOUR est un film sur l'amour. L'amour et la mort. À travers un couple de quinquagénaires nous voyons un tableau de l'humanité, le bon et le mauvais.
Georges et Anne s'aiment énormément, et cela est évident, malgré leur grand âge. Il font partie de ces couples qui font secrètement rêver tout le monde, cultivés, aimants, ayant réussi leur vie au point de pouvoir faire leurs grosses courses chez Monoprix, et s'étant épanouis au point de ne plus avoir besoin de rien que de la présence de leur conjoint. Cela commence bien, et pourtant, Anne tombe malade. Enfin, plutot, Anne commence à agir bizarrement. Ce qui commence avec de simple malaises va se révèler la plonger dans un paralysie du côté droit, de l'épaule à la jambe.


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Évidemment, c'est dramatique. Pourtant, jamais Haneke ne tombe dans le pathos et la facilité. Il reste dans la plus grande sobriété, celui qui montre avec un œil vif et acerbe une déchéance humaine plus que certaine. Anne va mourir à la fin du film, et nous le savons. Pourtant, on ne peut s'empêcher de se demander comment. Ce film joue sur notre curiosité viscérale et nous tient en haleine de par la pureté de ses images, et la crudité des plans.

Georges va t il tenir le calvaire de porter le poids de la déchéance de sa femme ?

Cela est la grande question, que nous pourrions reformuler ainsi :

Georges aime-t il suffisamment Anne pour la regarder mourir ?

Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva incarnent parfaitement deux personnages qui jusqu'au bout gardent une énorme dignité. L'un, en cherchant à chaque seconde à alléger le poids de la maladie pour sa compagne, l'autre, en essayant coute que coute de garder sa dignité, et de faire toute seule, tant qu'elle le peut encore.
Georges essaie d'alléger le poids de la situation. Il parle à Anne d'anecdotes, la divertit, lui fait penser à autre chose.
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Mais anne s'enferme. La maladie la rend asociable, elle une femme toujours souriante et généreuse, d'une grande intelligence. Finalement, elle est tellement enfermée dans sa maladie qu'elle ne veut voir qu'une personne : Georges. C'est le seul qui peut et pourra s'approcher. C'est le seul qui peut décider de son sort. Et lorsqu'elle lui fait comprendre qu'elle veut se laisser mourir de faim, il l'aide, même si cela lui fend le cœur, et le rend fou.

Finalement, c'est Georges qui va se laisser mourir, de désespoir. Et la police va découvrir les corps, celui de Georges dans la petite chambrette, et celui d'anne dans la chambre conjugale, sur son trente et un, et le corps entouré de pétales de roses.
Haneke n'est pas un cinéaste froid, ce n'est pas un cinéaste qui filme l'horreur. Il filme la vérité de la maladie, la réaction des acteurs étant très vraie, celle de la fille notamment, interprétée par Isabelle Hupert exprime une douleur accablante. Ils modélisent tout à fait la difficulté de ce que peut être l'accompagnement d'une personne dépendante pour tout, dans la vie de tous les jours.
     

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La mort est silencieuse, et la mort est pudique. Haneke a très bien su retranscrire cela. Ses plans sont essentiellement statiques, la caméra immobiles, les personnages s'agitant devant l'objectif. Les sons sont rares, les dialogues épurés, on ne dit ici que ce qui est nécessaire.
Au fur et à mesure du film, la lumière décroit. Georges et anne ne sortent plus. Georges ne va même plus faire les courses. Il reste avec Anne, ou reste dans le salon pour lui procurer le semblant d'intimité qu'elle a besoin. Lorsque cela devient difficile, il embauche des infirmières, et les congédient froidement quand elles se conduisent mal avec sa femme. De tout le film, il considère sa femme avec énormément de respect. Même sa fille ne peut pas en dire autant. L'élève d'Anne, est quand à lui très ému par l'état de sa professeure. Et pourtant, encore une fois, l'émotion est cachée. Il ne pleure pas, il garde ses pensées pour lui, il comprend vite qu'Anne ne supporte pas parler de sa condition. Il regarde donc, et joue le jeu.
Au fur et à mesure, georges se réfugie de plus en plus dans le salon. Nous comprenons que la tache de s'occuper d'Anne devient de plus en plus lourde. Les portes de la maison se ferment, la maison autrefois foyer accueillant devient un lieu où les pigeons rentrent par les fenêtres ouvertes, comme des corbeaux qui viendraient bouffer les corps encore chauds. Ca pue la mort, la décomposition et la maladie. Anne meurt, et Georges meurt aussi un peu.
Finalement, Georges se montre autant à la hauteur que ce qu'Anne peut l'espérer. Il l'étouffe avec un coussin, et nous assistons là à la scène la plus horrible de tout le film. Bien sur, anne ne crie pas. Son corps tressaute, et Georges desserre son étreinte. Elle est morte. Et pourtant, rien ne nous le dit.
La mort ne fait pas de bruit, et la mort est pudique. Amour quand a lui promet de faire du bruit longtemps.




Bande annonce d'amour : 





Drame autrichien de Michael haneke
acteurs : jean-louis trintignant, emmanuelle riva, isabelle hupert.
2h07 - couleurs
palme d'or du festival de Cannes 2012
European Film Award de la Meilleure actrice pour Emmanuelle Riva
European Film Award du Meilleur acteur pour Jean-Louis Trintignant
European Film Award du Meilleur réalisateur pour Michael Haneke
European Film Award du Meilleur film
- 6 nominations en France, non récompensé - une en Suisse, non récompensé. 


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AVE - Konstantin Bojanov (2011) : un road trip et un film glauque.

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Avé se présente comme un road trip. On ressent donc une énorme soif de liberté. Les personnages sont prisonniers de leur corps, de leur pays, et de manière complétement conditionnée, de la société, de leur sentiments et même de leur propre besoin d'évasion. Mais leur quête pour de dégager de tout, elle-même semble déboucher sur un non lieu. Et cela parce qu'avé n'est pas un road trip qui fait rêver. C'est un film glauque qui met en scène des jeunes gens paumés dans un monde qui ne peut pas les comprendre.



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   Le monde extérieur est quasiment absent dans Avé. Ce    seront les routiers avides de sexes, les prostitués et d'autres    gens encore plus paumés qu'eux qu'ils croiseront. Comme    deux enfants qui ont grandis trop vite pour se défendre, ils    fuient à chaque fois, sans laisser de trace. Et les oublient    presque aussitôt. Le monde leur est hostile, froid, cruel. Ils le    deviennent un peu, sans y prêter attention.
   Kamen est un personnage que nous trouvons en tant que    spectateur au départ presque détestable. Il ne semble rien    éprouver, et derriere son physique renfrogné, il a tout du délinquant en cavale. Il a, évidemment, traversé des passages difficiles. Il enferme au plus profond de lui-même une certaine colère vis-à-vis du monde entier, et en même temps, un grande tendresse. C'est lui qui autorise à Avé sa présence, une jeune fille complètement mythomane et rêveuse.

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La vérité en prend un coup à chaque fois qu'Avé ouvre la bouche. Elle s'invente des personnalités, à elle et à kamen, et il doit s'adapter. Finalement, il finit par la laisser faire, et juste acquieser. pourtant, il n'a pas l'air menteur, mais plutot tres honnete. Avé n'est pas malhonnête, son systeme de valeurs est juste différent. Elle ment pour Kamen n'aime pas parler beaucoup, en revanche, avé a toujours un mensonge a raconter. Le seul moment ou elle semble réellement raconter la vérité, c'est au moment ou les deux personnages doivent vraisemblablement se quitter, et bien sur, ne jamais se revoir. on percoit a ce moment qu'Avé dit la vérité parce qu'elle n'a jamais eu autant de mal a parler. la vérité lui fait peur. Kamen comprend comme nous à ce moment qu'Avé ment parce que c'est sa facon a elle de se protéger du monde.

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Avé, puisque c'est autour d'elle que tout se fait, nous apparaît tout de suite comme très très jeune. Certaines répliques sont teintées d'une certaine naiveté face aux choses. Pourtant elle est très lucide, et surtout beaucoup plus intelligente que ce qu'elle laisse voir. elle arrive comme ça dans le plan, quand kamen fait du stop, et par interet, ils vont monter dans la meme voiture. Ils vont au meme endroit. Finalement, il vont faire route ensemble.

De ce qu'elle raconte de sa famille, on découvre une grande part de souffrances cachées et mal assumées, un frère admiré mais junkie, une mère et un père aimants mais completement deconnectés. C'est donc une jeune fille seule, désespérément seule qui part à la recherche de son frère. Sauf qu'il est a l'hôpital, avec ses parents, et qu'elle ne les croit pas. Si elle ne les croit pas, c'est parce qu'elle se déconnecte à ce moment officiellement de la réalité, trop dure pour elle. Encore une fois, elle fuit.

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Si kamen parle de ses amis, Avé ne semble pas en avoir. Elle ressent trop et fuit tellement de choses que le spectateur ne la comprend pas. Les multiples découvertes que nous faisons sur ce personnage au cours du film confirment son aspect mystérieux. Nous croyons la comprendre, et a chaque fois quelque chose vient ébranler cette connaissance. Elle souffre de la vie que lui offre son entourage, parce que cette vie ne lui suffit pas. Elle est le spleen, plus qu'elle l'incarne.

Dès lors, elle prend tout de suite énormément de place. De par sa complexité, sa particularité, et son aspect désespérément unique. On oublie presque que c'est le périple de Kamen que nous suivons. Cela provient du profond sentiment de perdition et de solitude que l'on ressent tout au long du film. Ils sont tous les deux, et pourtant, ils sont complétement isolés. Cela transforme aussi le road trip en voyage initiatique qui devient finalement une espèce d'errance décadente. Les décors glissent de plus en plus vers une variété de lieux plus glauques les uns que les autres. Ce qu'on croit être au depart un voyage rapide va devenir de plus en plus long, et finalement, aboutir sur rien : Kamen a raté la cérémonie de mise en biere de son meilleur ami. Ils se restaurent donc, et repartent.

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Ce sont deux enfants, que le temps rapproche le temps d'un voyage, les obligeant à faire face à la dualité et les obligeant à sortir de leur carapace. Ils sont poussés l'un vers l'autre parce que leur route les a mis la et leur route et que les mensonges d'Avé ne gênent plus Kamen. Enfin, pas autant qu'il le laisse entendre.
Kamen va se transformer au court du film. Il passe du stade d'un étranger completement renfrogné et flippant à un jeune homme attentionné et plutot sympathique. Si le voyage échoue donc, c'est parce qu'Avé a tellement peur du bonheur qu'elle le fuit comme le reste. D'où ses larmes dans la voiture qui l'emmene encore ailleurs, et son mensonge, encore un autre. Avé fuit le réel, elle fuit aussi le bonheur quand elle croit qu'il est là. Elle ne vit que dans ses mensonges.
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Le mensonge dans Avé est une délivrance, un bonheur que les personnages ressentent. Kamen, alors qu'il est dans le train dans une des dernieres scenes, sort son premier mensonge. ce mensonge est décisif. D'ailleurs, lui-même souri. Néanmoins, si Kamen ment, il ne se coupe pas totalement du réel. Avé ne cherche que cela. Sa mythomanie la pousse à le faire.


Bande annonce :




Avé, drame bulgare de Konstantin bojanov
acteurs : anjela nedyalkova et ovanes torosyan
1h26 - couleurs
Prix spécial du Jury - Meilleur film - festival du film de Sarajevo